| Sur le pseudo-acte
d'accusation Huitième
point Le
Procureur en page 7 nous accuse d’utiliser le terme “Türkiyeli” (peuple de Turquie, citoyen de Turquie) au lieu de “Turc”,
comme supra-identité. Plus
loin il dit, “Turc est utilisé pour
indiquer la citoyenneté et non dans un contexte racial.” Il
y a tellement de choses à dire ici, qu’une fois encore je ne sais par
où commencer. Le mieux est
de les relever une par une : 1)
Pourquoi le Procureur se soucie de la proposition dans notre Rapport d’user
du terme “Türkiyeli” plutôt
que “Turc” comme supra-identité ? Je ne comprends pas du tout. Ce
n’est pas un crime en Turquie. Si ç’en est un, alors je voudrais bien
qu’on me dise dans quel paragraphe de quel article de quelle loi, c’est
considéré comme un crime. L’acte
d’accusation ne le précise pas du tout.
Il allègue seulement que ce que nous disons est faux. C’est ce
que le Procureur écrit dans son « Contre-rapport ». S’il
la liberté d’expression existe dans ce pays, je peux proposer tous les
termes que je veux, pour tous les concepts, aussi longtemps que cela ne
comporte ni insulte ni violence. Est-ce
que je m’oppose à l’Accusation parce qu’elle n’utilise pas “Türkiyeli”? Est-ce que
je dépose une plainte criminelle contre lui en requérant 5 ans de prison
? Ce
n’est pas le cas, car je crois que nul ne peut s’opposer à la liberté
d’expression de quiconque – et je le répète, aussi longtemps que cela
n’incite pas au crime ou à la violence ou ne contient une insulte – et
je ne permettrais à personne de s’opposer à la mienne. Je
ne le ferai pas, parce que je sais que c’est dans l’esprit des lois de
la république de Turquie. Je suis sûr qu’à la fin de ce procès, le Procureur
lui aussi, l’aura compris. 2)
Il prétend qu’en Turquie le terme “Turc” n’est pas utilisé dans
un contexte racial. Qu’est-ce
que vient faire cette analyse dans l’acte d’accusation ?
Est-ce qu’un acte d’accusation écrit une thèse?
Une thèse de droit constitutionnel ? L’acte
d’accusation dit des choses entièrement fausses. En fait, il est très rare de rencontrer autant d’erreurs dans
un seul texte. Nous avons
écrit dans le Rapport, et je lui ai expliqué longuement, mais cela a dû
être en vain : Laissons
de côté le fait que le terme “Turc” est aliénant pour ceux qui ne sont
pas Turcs ou qui ne se considèrent pas comme Turcs dans ce pays.
Je le dis clairement une fois encore, le terme “Türk” dans ce pays
est utilisé à la fois pour nommer la supra-identité et le groupe ethnique/culturel
dominant. Vous
n’avez qu’à simplement ouvrir le dictionnaire encyclopédique en 24 volumes
Meydan Larousse, qui est le plus gros dictionnaire jamais publié en Turquie.
Volume
19, page 471. Sous
le terme “Türk,” la première
phrase dit : “ personne de race
turque.” C’est aussi
simple que cela. Mais
je ne pense pas que la chose soit simple. Si le terme “Turc” n’est pas
le nom d’un groupe ethnique, alors le Procureur doit répondre aux quatre
questions suivantes : a)
Que signifie “Etrangers de l’intérieur
(citoyens turcs)” ? Ce
terme a été utilisé dans la “Régulation pour la Protection contre les
Sabotages” date du 28 décembre 1988, tel qu’il a été listé avec les catégories
le plus enclines à perpétrer des sabotages. Si
cela ne désigne pas des citoyens non-musulmans, alors qu’est-ce que cela
veut dire ? Le Procureur n’a-t-il pas affirmé que le terme “Turc” a été
utilisé uniquement pour la citoyenneté ? b)
Que signifie “d’origine turque et
de citoyenneté turque” ? Ce terme a été utilisé pour décrire
les caractéristiques du Député principal nommé par le ministère de l’Education
auprès d’une école privée étrangère ou pour une minorité, telles qu’elles
sont énumérées dans l’article 24/2 de la Loi n° 625 toujours en vigueur. Une
fois que vous avez dit “de citoyenneté
turque”, pourquoi le répéter en disant “d’origine
turque ”? Est-ce que
l’acte d’accusation ne prétend pas que le terme « Turc” est utilisé
seulement pour la citoyenneté ? c)
Que signifie “Citoyen turc de nationalité
étrangère”? Ce terme
a été utilisé dans la décision n°2 du Tribunal administrative d’Istanbul,
datée du 17 avril 1996. Qui
a voulu désigner la Cour en utilisant ce terme ? Il s’agissait de
nos citoyens grecs orthodoxes. L’acte
d’accusation ne prétend-il pas que le terme “Turc” a été utilisé seulement
pour indiquer la citoyenneté ? Est-ce que quelqu’un dans cette salle ou
dans toute la Turquie a déjà entendu un terme “juridique” aussi étrange
que celui-ci ? Une personne est soit étrangère, soit un citoyen. d)
Que signifie “les étrangers n’ont
pas le droit d’acquérir des biens immobiliers en Turquie ? Cette phrase
de la Grande Chambre de la Cour de Cassation date du 8 mai 1974.
Qui la Cour de Cassation avait en tête en l’utilisant ?
Les administrateurs de la Fondation-Hôpital grec orthodoxe Balikli,
fondée par nos citoyens grecs orthodoxes. Est-ce
que l’acte d’accusation ne prétend pas que le terme “Turc” est seulement
utilisé pour la citoyenneté ? Je
passe là-dessus, car il y a beaucoup d’autres choses dans l’acte d’accusation. 3) Encore une fois sur la supra-identité,
le Procureur nous donne des exemples d’autres pays. Et ce qu’il dit est
très intéressant. Il
dit “En Espagne, l’Etat appelle
ses citoyens “espagnols” et non “d’Espagne” [Ispanyol] [Ispanayali]”.” Est-ce
qu’un groupe ethnique appelé “Espagnol” a été découvert sans que je sois
au courant ? Si la réponse
est non, quelle est la différence entre “Espagnol” ou “d’Espagne”? Le
Procureur dit, “L’Etat de France
appelle ses citoyens Français et non de France.” Je
suis désolé, mais quelle est la différence entre les deux ?
Ou bien est-ce qu’il existe un groupe ethnique appelé “Franc”,
dont je ne saurais rien et qui aurait été découvert en France récemment
? En
fait les Ottomans avaient l’habitude d’appeler les citoyens de France
“Fransevi” et c’est très exactement la même chose que “Fransiz”
(Français) Il
prétend que “L’Etat
d’Angleterre appelle ses citoyens Anglais et non d’Angleterre.” Monsieur
le Président, ceci est vraiment un des sommets de l’acte d’accusation.
C’est même tellement brillant qu’il nous éblouit les yeux, puisque le
terme “Anglais” utilisé par le Procureur, ne l’est plus en Angleterre.
Depuis que le Pays de Galle a été réuni sous un seul Parlement avec l’Angleterre
en 1707, le peuple en Angleterre dit :
“Je suis Britannique.” Depuis
300 ans. Je
n’ai pas nommé cet acte d’accusation une Icat-name
(invention) pour rien. Je recommande à quiconque voyage au loin et s’arrête
en Angleterre de demander à un citoyen du pays, dans la rue :
“Êtes-vous Anglais ?” S’ils
ne réalisent pas que vous êtes un étranger qui ne connaît pas du tout
le pays, ils pourraient vous faire passer un mauvais quart d’heure. Car
à moins qu’elle n’appartienne au groupe ethnique anglais, cette personne
vous répondra abruptement : “Non, Je suis Ecossais/Gallois/Irlandais
!” Car pour les éléments
irlandais, gallois et écossais de ce pays, s’entendre appeler “Anglais »
relève de la pure insulte et peut entraîner des incidents majeurs. Dans
ce pays toutes les sub-identités sont unies sous la supra-identité britannique.
“Anglais” est un terme erroné que certains en Turquie pensent être la
supra-identité de ce pays. Il
est seulement utilisé pour indiquer la sub-identité de ceux qui sont d’origine
anglaise. En
fait utiliser la sub-identité n’est pas dans l’intérêt des gens d’origine
anglaise car ils ont peur de provoquer ceux des autres sub-identités.
Demander à une personne : “Êtes-vous Anglais?” dans ce pays
revient à demander à un homme dans la rue en Turquie : “Êtes-vous Kurde
ou Alévi?” Et il se peut
même que ce soit bien pire. Donc, dans l’acte d’accusation, ce pays est cité comme étant l’Angleterre mais son nom est Royaume-Uni de Grande-Bretagne et Irlande du nord. Si dire seulement Grande-Bretagne ou Royaume-Uni reste acceptable, Angleterre ne marche pas. N’écoutez pas ceux qui chantent “Angleterre, Angleterre” durant les matches de foot. Ceux-là sont les Skinheads. L’encyclopédie
la plus complète publiée en Turquie est l’AnaBritannica (Encyclopaedia
Britannica) et dans le 11ème volume,
p. 571, il est dit les choses suivantes, dans les premières phrases de
l’entrée “Angleterre”: “Le premier
pays de Grande-Bretagne et du Royaume-Uni d’Irlande du nord.”
L’article de l’encyclopédie continue: “On ne peut parler d’une existence constitutionnelle de l’Angleterre….
L’Ecosse et le Pays de Galle ont leur propres ministères et l’Irlande
du nord est autonome dans ses affaires intérieures, l’Angleterre n’a pas
ses propres lois et institutions.
Les statistiques officielles du commerce extérieur, des impôts
et de la défense font partie des statistiques du Royaume-Uni. La seule
institution anglaise est l’Eglise anglicane.” Aussi,
comment des gens qui sont même dépourvus de cette information encyclopédique,
mettent en avant leurs convictions, amènent des exemples, des règles,
et de là demandent 5 ans d’emprisonnement contre nous, pour avoir écrit
un rapport académique ? Je
m’arrête là bien qu’il y aurait beaucoup d’autres choses à dire. Laissez
moi juste ajouter la chose suivante et nous mentionnerons par là même
quelque chose de juste que le Procureur a dit au milieu de tant d’erreurs. Son
dernier exemple est correct. En
fait l’Etat allemand appelle ses citoyens Allemands (Alman)
et non d’Allemagne (Almanyalı). Il
y a deux moyens de construire une nation 1)
La méthode française La
première est aussi appelée “méthode territoriale” ou “méthode de Renan”.
En fait le terme “Turkiyeli”
dans notre Rapport reflète purement et simplement cette méthode. La seconde
est la méthode allemande. Elle est aussi appelée la « méthode du
Sang ». Je
ne sais pas si je me suis assez bien expliqué. Laissez-moi
finir ce point en disant que la situation en Allemagne ne sera plus jamais
la même qu’avant. Alors que
le nombre de gens originaires de Turquie a atteint 2.5 millions, alors
que le nombre des minorités et des étrangers progressait en Allemagne,
l’Etat allemand a dû délayer sa méthode du sang. Par exemple, celui qui
naît maintenant de parents allemands et celui qui naît sur le sol allemand
(méthode du sol) peuvent obtenir la citoyenneté de la même façon. Ici
la question importante est : Comment
appelons-nous un Turc qui jouit de la citoyenneté allemande par naturalisation
ou naissance? Un « Turc allemand » ? En
fait, il ne peut y avoir un Turc bulgare, mais un Turc de Bulgarie, pas
de Turc grec mais un Turc de Grèce.
Quelle sorte de réponse auriez-vous si vous appeliez, disons, un
Turc qui a émigré de Bulgarie pour la Turquie un “Turc bulgare?”
En fait ces gens ont fortement protesté contre Fikret Bila, le
responsable d’Ankara du quotidien Milliyet
pour avoir utilisé le terme “Turc bulgare” dans son éditorial. Pour
toutes ces raisons, Monsieur le Président, on ne peut dire Arménien turc
mais Arménien de Turquie, non Grec turc mais Grec de Turquie, non Kurde
turc mais Kurde de Turquie. Mais
de Turquie (Türkiyeli) convient très bien. Tout comme Iranien, Irakien, Syrien, Laotien,
Américain, Thaï, Autrichien, Canadien, Chinois, etc. Oui,
Chinois. En Chine il n’y
a pas de groupe ethnique appelé chinois.
Le nom du groupe ethnique qui constitue 95% de la population est
le groupe “Han. “Chinois” est la
supra-identité de ce pays qui a été composé suivant la méthode territoriale.
Tout comme le terme de Turquie (Türkiyeli). Laissant
tout cela de côté, je me demande si le Procureur a jamais pensé à la chose
suivante : Imaginons
que le Parlement grec dise “Si
le mot turc n’est pas un terme ethnique, alors dans notre pays, aussi,
tout le monde est Grec parce que ce n’est pas non plus un terme ethnique.”
Qu’arriverait-il, Dieu me pardonne, si la Grèce introduisait un
“Article 66” [de la Constitution turque] dans sa Constitution et disait
: “Tous ceux liés par la citoyenneté à l’Etat grec sont Grecs ”? Qu’arriverait-il aux 120,000 musulmans turcs de Thrace occidentale
? Deviendraient-ils “Grecs”? Encore
plus intéressant : Alors que nous persistons à dire “Il n’y a pas de problème
kurde mais un problème du Sud-est,” ou, quand nous disons aux gens qui
s’appellent Kurdes: “Non, vous n’êtes pas Kurdes, mais sud-orientaux (Güneydogulu)”
nous pensons sauver le pays de la division.
Mais diviserons-nous le pays si nous nous hissions à une plus large
échelle en utilisant le terme “Türkiyeli”?
N’est-il pas évident que c’est seulement ainsi que nous sauverons
le pays ? Quelle sorte de
double standard est-ce là ? Qu’est-ce que nous faisons avec cette logique ? C’est
tout ce dont le Rapport parlait, Monsieur le Président. *
* * J’ai
dit auparavant que je reviendrais sur la question de “l’intention”.
J’y viens maintenant car le Procureur invente une intention à chaque
page. Comme je l’ai répété avant, un juriste ne peut discuter de l’intention.
Il ne possède pas une telle autorité.
Dans
l’acte d’accusation p. 8, il est dit : “Alors
qu’il est proposé d’utiliser le
terme Turkiyeli (de Turquie) plutôt que le terme Turc dans le rapport, il
n’est pas indiqué que le nom du pays, en d’autres termes le nom de la
Turquie, a une connotation ethnique.
Est-ce non indiqué ou est-il encore trop tôt pour émettre un tel
avertissement ?” Comment
un homme de loi peut-il dire une telle chose ?
Faire une telle mise en garde, requiert un grand courage pour deux
raisons : 1)
En disant “Est-il trop tôt pour
émettre un tel avertissement ?” le Procureur essaie ouvertement de
signifier la chose suivante : “Les rédacteurs du Rapport ont voulu réellement
nommer ce pays Kurdistan mais puisqu’ils n’en ont pas maintenant
le courage, ils se contentent pour le moment du terme Türkiyeli.
Quand le moment sera venu, ils suggéreront
Kurdistan à la place.” Dois-je rappeler une fois de plus le Rapport Zanardelli ? C’est
un abus de pouvoir. Personne
n’a le droit de faire cela. A
la fin de mes remarques, nous reviendrons certainement là-dessus. 2)
La seconde raison peut être plus intéressante. L’acte d’accusation prétends
que le terme “Turkiyeli” a une
connotation ethnique. Une
fois de plus nous sommes dans un monde de symboles, projections, probabilités,
dangers, dangers, dangers. Mais
la seule chose qui manque est le crime légal lui-même. C’est magnifique tout cela, mais est-ce que le Procureur n’a pas constamment dit que le terme “Türk” n’avait aucune signification ethnique ? Si le terme “Turc” n’a pas de sens ethnique, alors de Turquie “Türkiyeli” n’en a pas non plus. Comment un homme de loi peut être en telle contradiction avec lui-même entre les pages 7 et 8 du même texte ? * * * Pour
résumer, nous avons proposé le terme “Türkiyeli”
pour le bien du pays. Et
nous avons fait quelque chose de très bon.
C’est le seul concept qui rassemble tous les citoyens de la république
de Turquie sans aucune discrimination.
Nous sommes tous de Turquie (Turkiyeli
). Ceux
qui l’aiment l’utiliseront et ceux qui ne l’aiment pas ne le feront pas.
Mais personne ne peut s’opposer à ceux qui l’utilisent. Quelqu’un
peut-il faire dire à une personne : “Je suis un Turc ?”
S’il dit être un Turc, très bien. Mais s’il ne l’est pas ?
Et s’il ne peut pas ? Et
s’il n’est pas Turc ou ne se considère pas comme Turc ?
Que faire ? Le tuer ? Ou
le forcer à dire qu’il est Turc ?
Laissez moi poser la question au
Procureur, que devrons-nous faire ?
Opter pour la première solution ou la seconde ? Turk
ou Turkiyeli.
Ce pays débattra et prendra finalement une décision.
Mais comment l’acte d’accusation peut-il tenter de restreindre
notre liberté d’expression? De
quel article de loi tire-t-il cette autorité ? Est-ce
que le Procureur nous a fait un procès parce qu’il n’a pas ou n’a pu traîner
en justice les brutes qui ont déchiré notre Rapport officiel devant
les caméras de TV ? *
* * Sur
cette question l’acte d’accusation se réfère aussi à Ataturk.
C’est magnifique. En
fait, je voulais, moi aussi, en arriver exactement là.
Laissez-moi demander au Procureur maintenant : Croit-il que ce
soit nous qui avons introduit le terme Turkiyeli”
pour la première fois en Turquie ? Laissez
moi l’informer : Cette personne
était Atatürk. Est-ce que
le procureur était conscient de cela ? Sil vous plait, écoutez les
articles suivants : “Article
12: Sauf circonstances exceptionnelles en Turquie les Turkiyelis
(gens de Turquie) sont libres de voyager.”
“Article
13: L’éducation est gratuite. Tous les Turkiyeli
ont droit à une éducation publique et privée.” “Article
14: Les écoles et institutions assimilées sont supervisées et inspectées
par l’Etat. L’éducation des Turkiyeli doit se faire dans l’ordre et l’unité.” “Article
15: Tous les Turkiyelis ont le droit de fonder toutes sortes de sociétés commerciales, ou dans
l’industrie, l’agriculture en accord avec les lois et réglementations.” Qu’est-ce
que cela ? D’où cela vient-il ? La
date est juillet 1923. C’est
la première rédaction de la Constitution amendant des articles de la Constitution
de 1921 et mentionnant pour la première fois, que la forme administrative
de l’Etat est la “république”. C’est
écrit de la main même de Mustafa Kemal Pacha. [1] Si
dire “Turkiyeli” est du séparatisme, hé bien il fut initié par Mustafa Kemal.
Je ne ferais aucun commentaire; j’attire seulement l’attention
du Procureur là-dessus. Neuvième
point Allons
à la section qui dans notre Rapport concerne la Cour constitutionnelle. Je
crois que le Procureur commet une injustice envers nous quand il prétend
que nous présentons la Cour constitutionnelle comme un obstacle à la démocratie.
Nous avons fait la même chose avec la Cour de Cassation, les tribunaux
administratifs et le Conseil d’Etat. Nous avons déclaré que des décisions
prises par ces institutions étaient discriminatoires et nuisaient ainsi
à la démocratie en Turquie. Comment le Procureur a pu manquer ces points ?
A-t-il fait preuve de négligence dans sa tâche ? Monsieur
le Président, je suis un universitaire. Je peux dire tout ce que je veux
si je n’insulte personne ni n’incite au crime ou à la violence. Je peux
faire toutes les critiques que je veux. C’est ce pour quoi je suis rémunéré
par l’Etat. Je
n’ai commis aucun crime. Mais
l’acte d’accusation ici a commis 3 crimes: 1)
Abus de pouvoir. Critiquer la Cour constitutionnelle n’est pas un crime.
Le Procureur a essayé de faire taire les critiques uniquement parce
qu’elles ne correspondaient pas à son idéologie. Ceci est un crime.
Cela relève aussi de la mentalité dictatoriale la plus pure. 2)
Négligence dans sa fonction. S
ces commentaires offensaient la Cour constitutionnelle, alors pourquoi
ont-ils été publiés dans le périodique 2003 « Loi constitutionnelle »
de la Cour suprême, pages 61-93? Le
Procureur devrait lancer des poursuites contre cette Cour également.
Il néglige son devoir. 3)
Offense envers la Cour constitutionnelle.
Mes remarques, qui ont été interprétées comme dénigrant les organes
juridiques de l’Etat, ont été tirés du papier que j’ai lu en présence
du Président et des membres de la Cour constitutionnelle, le 25 avril
2003, au symposium organisé en l’honneur du 41ème
anniversaire de la Cour.
Maintenant
le Procureur semble dire “Vous, la Cour constitutionnelle, cette personne
vous a humiliée. Vous n’étiez même pas au courant. Quelle genre d’inattention
est-ce là ? Je vais immédiatement
sauver votre honneur en engageant des poursuites.” Ainsi
la Cour constitutionnelle n’aurait pas saisi le message et seul le Procureur
l’aurait fait ? Ainsi la
Cour constitutionnelle a été incapable de porter plainte durant toutes
ces années? Le Procureur agit-il en gardien de la Cour ? Dixième
point Monsieur
le Président, finalement laissez-moi dire pourquoi j’appelle ce pseudo-acte
d’accusation une Itiraf-name
(confession). 1)
Le Procureur dit à la fin (p.10): “Ce
texte offre de grandes similitudes avec les dispositions sur les minorités
du Traité de Sèvres qui ont mis notre pays sous occupation. Devant une telle ressemblance, on ne trouvera pas étrange de
tomber dans la paranoïa de Sèvres.” La
dernière phrase est le sommet de cet acte d’accusation : “Devant
une telle ressemblance, on ne trouvera pas étrange de tomber dans la paranoïa
de Sèvres.” Cette phrase
est incroyable, Monsieur le Président.
C’est une phrase qui serait d’un ridicule achevé, non seulement
de la part du procureur, mais de quiconque en Turquie. Le Procureur, qui
expose l’esprit général de tout l’acte d’accusation, le relie lui-même
à la paranoïa de Sèvres. Bien
sûr, cela vient de lui. Personnellement, je n’aurais jamais voulu dire,
ni penser une telle chose. L’acte
d’accusation le fait, lui. 2)
D’un autre côté, l’acte d’accusation accuse notre Rapport de ressembler
aux dispositions concernant les minorités du Traité de Sèvres. Laissez-moi
me répéter. Même si à un moment
cela avait été le cas, pourquoi serait-ce matière à poursuite ?
Le Traité de Sèvres a été fait en 1920 et enterré par l’histoire
en 1923. Même s’il y avait eu des phrases ressemblant à ce texte historique,
pourquoi cela contrarierait le Procureur ?
Qui a dit que c’est un crime? Mais
l’affaire est telle que je n’en resterais pas là.
Car c’est encore une invention. Je demande au Procureur :
Quelle phrase du rapport ressemble aux dispositions sur les minorités
du Traité de Sèvres ? Je
veux qu’il me cite un article. Un
seul article. Il
ne le peut. S’il l’avait
pu, cela aurait été fait dans l’acte d’accusation. Alors
il y a seulement deux possibilités: 1)
Le procureur a lu les articles du Traité de
Sèvres sur les minorités mais n’a pu trouver aucune ressemblance
avec notre Rapport. C’est
la raison pour laquelle il n’a cité aucun article. 2)
Le Procureur a été tellement atteint par la paranoïa de Sèvres qu’il n’a
même pas eu le courage de lire le Traité, puisque que le Rapport lui étant
déjà si révulsif, l’Accusation a pensé qu’il était forcément similaire
à cet effrayant Traité de Sèvres, aussi le Procureur a trouvé correct
de prétendre simplement que l’un « ressemblait » à l’autre.
Je
laisse à cette estimable Cour décider quelle possibilité est la plus probable.
Mais laissez-moi attirer l’attention de cette estimable Cour sur le fait
que le Procureur ne cesse de répéter de telles allégations sans fondement,
tout le long de l’acte d’accusation. Il
prétend que le Rapport ressemble à Sèvres mais l’acte d’accusation est
muet quand nous demandons quelles phrases ressemblent à quels articles. Il
prétend que le Rapport introduit une nouvelle définition de la minorité
mais l’acte d’accusation reste muet quand nous demandons dans quelle phrase
cela figure. Il
prétend que le Rapport met en danger la structure unitaire du pays mais
l’acte d’accusation reste muet quand nous demandons dans quelle phrase
cela figure. Il
prétend que le Rapport a commis un crime en introduisant le terme “Turkiyeli”
plutôt que “Türk” comme supra-identité,
mais quand nous demandons quel article de quelle loi fait de cela un crime,
l’acte d’accusation reste muet. Il
prétend que le Rapport a offensé la Cour constitutionnelle mais quand
nous demandons dans quelles phrase et avec quels mots nous l’avons fait,
l’acte d’accusation reste muet. Il
prétend que le rapport incite à l’animosité et à la haine entre les peuples
mais quand nous demandons dans quelle phrase nous l’avons fait, l’acte
d’accusation reste muet. Nous
sommes tous fatigués à présent.
Je ne donnerai plus d’autres exemples. Mais
en raison de tout cela, ce n’est pas un acte d’accusation mais un pseudo-acte
d’accusation. Le genre
d’accusation qui renvoie notre pays au temps du coup d’Etat militaire. *
* * Pour
toutes ces raisons, Monsieur le Président, ce pseudo-acte d’accusation
m’a rappelé le grand romancier Yachar Kemal et ses
“Aghas d’Akcasaz”. Cela
m’a rappelé ce que Dervish Bey a dit dans le roman “Demirciler
Carsisi Cinayeti” (Meutre
au marché des forgerons). Dervish
Bey a tué le frère d’Akkoyunlu Mustafa Bey. Mustafa Bey est un seigneur
féodal de la Tchukurova (Cilicie), tout comme lui.
En représailles, Mustafa Bey doit tuer Dervish Bey lui-même puisque
ce dernier n’a pas de frère. Et
comme Dervish Bey ne sort
jamais de chez lui, Mustafa Bey ne peut le tuer. Aussi, à la place, il
oblige quelqu’un à brûler le tas de grains d’un paysan de Dervish Bey. Sur
cet incident Dervis Bey dit, “Vous
ne mourrez pas de faim. Chacun paiera pour ce dommages.
Je ne me plains pas de cela.
Je me plains de ne pas mériter un tel rival. C’est ce que je regrette.” Je
ne regrette pas tout le temps que je n’ai pu consacrer à mes étudiants
et à ma femme. Je regrette qu’un tel acte d’accusation ait été écrit contre
moi. Je pense être qualifié pour être la cible d’un acte d’accusation
bien meilleur. Je crois mériter mieux qu’un document qui essaie de miner
une thèse scientifique mais se met lui-même dans une situation qui empire
à chaque pas. Je
crois mériter un meilleur acte d’accusation que celui-là, qui invente
à la fois l’acte et la loi, et veut ensuite me poursuivre d’après ses
propres inventions. Si
la théorie criminelle a perdu à ce point ses bases fondamentales dans
ce pays, et si les notions de crime ont été à ce point malmenées, eh bien
je crains que plus personne n’y puisse rien faire, et qu’il n’y ait plus
une place où se réfugier. Mais
je ne peux accepter qu’il n’y en ait plus. Il doit y en avoir, et ce contre-acte
d’accusation doit en être la preuve. *
* * Aussi, et afin qu’aucun
autre acte d’accusation ne tente quelque chose de similaire, je demande
à ce que le Procureur soit puni comme il le mérite.
Je veux faire la liste des crimes qu’il a commis dans son acte,
et je veux intenter un procès contre lui : Avec
cet acte d’accusation, plusieurs articles de loi ont été violés en ignorant
les règles juridiques du respect des droits de l’homme tels qu’ils sont
stipulés dans l’article 2 de la Constitution et en accord avec les principes
d’un Etat démocratique. 1) La
liberté académique et son autonomie telle qu’elle est mentionnée dans
la Constitution et dans l’Art.15/3 de l’Accord international des Nations
Unies de 1966 UN sur les droits économiques, sociaux et culturels, ont
été violés et les intérêts de l’Etat minés. 2)
Les poursuites judiciaires violent la liberté d’expression garantie
par la Constitution et la Convention européenne. 3)
Le Code pénal turc a été violé par l’acte d’accusation car il essaie de
faire des analogies et met en cause « l’intention ». 4)
La Cour a été offensée par un dossier très peu préparé. 5)
L’Europe, le principal objectif de la république de Turquie a été dépeint
comme un ennemi. Cet acte d’accusation et ce procès seront utilisés comme
un obstacle majeur pour empêcher l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Sous cet angle aussi les intérêts fondamentaux de la Turquie ont
été lésés. 6)
L’acte d’accusation a été écrit avec la logique du Millet-i
Hakime (Nation dominante). Il divise la nation en deux et essaie de
faire revivre l’ordre de base de l’empire ottoman effondré. 7)
L’acte d’accusation commet un abus de pouvoir en introduisant des thèses
alternatives idéologiques connues pour être ultra-nationalistes. 8)
L’acte d’accusation a négligé ses devoirs en ne classant pas certaines
charges intentées contre nous. 9)
L’acte d’accusation a offensé la Cour constitutionnelle, un organe judiciaire
de l’Etat. 10)
En déclarant que le terme “Turkiyeli”
incite les gens à la haine et l’animosité et que c’est un terme de division,
l’acte d’accusation a insulté M.K. AtatÜrk qui l’a le premier utilisé
dans quatre articles séparés du premier texte de la Constitution en juillet
1923. 11)
En attaquant la liberté d’expression l’acte d’accusation a tenté
d’éliminer l’Etat démocratique fondé sur la liberté. 12) L’acte d’accusation a commis le crime de séparatisme en divisant la nation en éléments de base (musulmans) et secondaires (non-musulmans) _________________________________________________________ [1]
Türkiye Cumhuriyeti İlk
Anayasa Taslağı (Premier texte constitutionnel de la
république de Turquie),
İstanbul Boyut Yayın Grubu, Ekim 1998. Ce
texte fut découvert par l’équipe de Can Dündar alors qu’ils émenaient
des recherches dans la Bibliothèque du Palais Cankaya pour un film
documentaire ; il m’a été fourni par mon “complice” le professeur
Ibrahim Kaboglu.) |